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petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours

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réserve poèmes

PETITS POEMES EN PROSE

 

ENIVREZ-VOUS


 
    Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 
    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre  guise... Mais enivrez-vous.
    Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout cequi chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »


LE SPLEEN DE PARIS XXXIX

 
UN CHEVAL DE RACE


 
    Elle est bien laide. Elle est délicieuse pourtant! Le Temps et l'Amour l'ont marquée de leurs griffes et lui ont cruellement enseigné ce que chaque minute et chaque baiser emportent de jeunesse et de  fraîcheur.  
    Elle est vraiment laide ; elle est fourmi, araignée, si vous voulez, squelette même ; mais aussi elle est breuvage, magistère, sorcellerie ; en somme, elle est exquise.
    Le Temps n'a pu rompre l'harmonie pétillante de sa démarche ni l'élégance indestructible de son armature. L'Amour n'a pas altéré la suavité de son haleine d'enfant ; e le Temps n'a rien arraché de son abondante crinière d'où s'exhale en fauves parfums toute la vitalité endiablée du Midi français : Nîmes, Aix, Arles, Avignon, Narbonne, Toulouse, villes bénies du soleil, amoureuses et charmantes ! 
    Le Temps et l'Amour l'ont vainement mordue à belles dents ; ils n'ont rien diminué du charme vague, mais éternel, de sa poitrine garçonnière. 
    Usée peut-être, mais non fatiguée, et toujours héroïque, elle fait penser à ces chevaux de grande race que l'oeil du véritable amateur reconnaît, même attelés à un carrosse de louage ou à un lourd chariot.
    Et puis elle est si douce et si fervente ! Elle aime comme on aime en automne ; on dirait que les approches de l'hiver allument dans son coeur un feu nouveau, et la servilité de sa tendresse n'a jamais rien de fatigant...

 
LE SPLEEN DE PARIS

LE MIROIR

    Un homme épouvantable entre et se regarde dans la glace.
"Pourquoi vous regardez-vous au miroir, puisque vous ne pouvez vous y voir qu'avec déplaisir ?"
    L'homme épouvantable me répond : "Monsieur, d'après les immortels principes de 89, tous les hommes sont égaux en droit ; j'ai donc le droit de me mirer ; avec plaisir ou avec déplaisir, cela ne regarde que ma conscience."
    Au nom du bon sens, j'avais sans doute raison ; mais, au point de vue de la loi, il n'avait pas tort."

~~~~~~~~~~~~

Trois "petits poèmes en prose"... Dernière oeuvre de Baudelaire, ouvrage publié à titre posthume (1868)... Un Baudelaire inhabituel mais toujours Poète... différent dans la forme mais constant dans les thèmes... "Saisir la beauté de la vie dans la cité moderne...", c'est Sartre, je crois qui l'a dit dans son ouvrage (contesté) sur le poète.
La beauté de la vie... mais son contraire n'est jamais loin chez Baudelaire, ironie, compassion même, pour tout ce qui est touché par le Mal,  la luxure, la servitude, la déchéance, la proximité de la mort,  la mort...

"Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! "

Tiens, je n'y résiste pas, voici ces très émouvantes (pour moi) "Litanies de Satan"...

O toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

O Prince de l'exil, à qui l'on a fait du tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l'amour le goût du Paradis.

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

O toi qui de la mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l'Espérance, - une folle charmante !

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d'un échafaud,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi dont l'œil clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi dont la large main cache les précipices
Au somnambule errant au bord des édifices,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
De l'ivrogne attardé foulé par les chevaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, pour consoler l'homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles
Le culte de la plaie et l'amour des guenilles,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Père adoptif de ceux qu'en sa noire colère
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

PRIÈRE


Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l'Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence!
Fais que mon âme un jour, sous l'Arbre de Science,
Près de toi se repose, à l'heure où sur ton front
Comme un Temple nouveau ses rameaux s'épandront!

(Les Fleurs du Mal )

Baudelaire, je ne m'en lasse jamais...
Pas moraliste pour vingt ronds mais, sous l'amertume et la dérision, source de tendresse et d'espoir, même dans l'ignoble...
Les deux faces inséparables de la Vie...



XIX

LE JOUJOU DU PAUVRE
 
 Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !
Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol,  telles que le polichinelle plat mû par un fil, les forgerons qui battent l'enclume,
le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, et le long des cabarets, au pied des.arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D' abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme le font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.
Sur une route, dernière la grille d'un vaste jardin au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêternents de campagne si pleins de coquetterie.  Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.
A côté de lui gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :  .
De l' autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.
A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.
Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur.




  
                                    Sonnet

 

Seigneur, je n’ai cessé, dès la fleur de mon âge
D’amasser sur mon chef péchés dessus péchés ;
Des dons que tu m’avais dedans l’âme cachés,
Plaisant je m’en servais à mon désavantage.
 
Maintenant que la neige a couvert mon visage,
Que mes prés les plus beaux sont fanés et fauchés,
Et que déjà tant d’ans ont mes nerfs desséchés,
Ne ramentois le mal de mon âme volage.
 
Ne m’abandonne point : en ses ans les plus vieux,
Le sage roi des Juifs adora de faux dieux,
Pour complaire aux désirs des femmes étrangères.
 
Las ! fais qu’à ton honneur je puisse ménager
Le reste de mes ans, sans de toi m’étranger
Et sans prendre plaisir aux fables mensongères.



Jean Vauquelin de la Fresnaye - 1536-1606
poète de la Renaissance, dans la tradition de la Pléiade mais qui ne renonce pas, contrairement à d'autres poètes de son époque (Ronsard, Du Bellay, Baïf... qu'il admire pourtant) aux thèmes du Moyen Age, à ses émotions, ses sentiments... Ce sonnet me rappelle peu les regrets de François Villon (plus terre à terre et moins "classique"...)

...
Hé ! Dieu, si j'eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes meurs dédié,
J'eusse maison et couche molle !
Mais quoi ? Je fuyaie l'école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
À peu que le coeur ne me fend

...






~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

                             Lili Marleen

Hans Leip 1915



1. Vor der Kaserne
Vor dem großen Tor
Stand eine Laterne
Und steht sie noch davor
So woll'n wir uns da wieder seh'n
Bei der Laterne wollen wir steh'n
|: Wie einst Lili Marleen. :|


2. Unsere beide Schatten
Sah'n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten
Das sah man gleich daraus
Und alle Leute soll'n es seh'n
Wenn wir bei der Laterne steh'n
|: Wie einst Lili Marleen. :|

3. Schon rief der Posten,
Sie blasen Zapfenstreich
Das kann drei Tage kosten
Kam'rad, ich komm sogleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh'n
|: Mit dir Lili Marleen. :|

4. Deine Schritte kennt sie,
Deinen zieren Gang
Alle Abend brennt sie,
Doch mich vergaß sie lang
Und sollte mir ein Leids gescheh'n
Wer wird bei der Laterne stehen
|: Mit dir Lili Marleen? :|

5. Aus dem stillen Raume,
Aus der Erde Grund
Hebt mich wie im Traume
Dein verliebter Mund
Wenn sich die späten Nebel drehn
Werd' ich bei der Laterne steh'n
|: Wie einst Lili Marleen. :|
 

traduction Henry Lemarchand, 1940



Devant la caserne
Quand le jour s'enfuit,
La vieille lanterne
Soudain s'allume et luit.
C'est dans ce coin là que le soir
On s'attendait remplis d'espoir
|: Tous deux, Lily Marlène. :|

Et dans la nuit sombre
Nos corps enlacés
Ne faisaient qu'une ombre
Lorsque je t'embrassais.
Nous échangions ingénument
Joue contre joue bien des serments
|: Tous deux, Lily Marlène. :|

Le temps passe vite
Lorsque l'on est deux!
Hélas on se quitte
Voici le couvre-feu...
Te souviens-tu de nos regrets
Lorsqu'il fallait nous séparer?
|: Dis-moi, Lily Marlène? :|

La vieille lanterne
S'allume toujours
Devant la caserne
Lorsque finit le jour
Mais tout me paraît étrange
Aurais-je donc beaucoup changé?
|: Dis-moi, Lily Marlène. :|

Cette tendre histoire
De nos chers vingt ans
Chante en ma mémoire
Malgré les jours, les ans.
Il me semble entendre ton pas
Et je te serre entre mes bras
|: Lily...Lily Marlène :|

 

Lili Marleen, chanson allemande, paroles du soldat Hans Leip intitulée Lied eines jungen Wachpostens (Chanson d'une jeune sentinelle), musique de Norbert Schultze

Interprétée par l’Allemande Lale Andersen puis, après la guerre par Marlène Dietrich

 

 
 
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