| Iéu , d'uno chato enamourado Aro qu'ai di la mau-parado, Cantarai , se Diéu vou , un enfant de Cassis , Un simple pescaire d'anchoio Qu'emé soun qàubi e ' mé sa voio Dou pur amour gagné li joio , L'empèri , lou trelus . Amo de moun pais , Tu que dardaies , manifèsto , E dins sa lengo e dins sa gèsto ; Quand li baroun picard , alemand , bourguignoun, Sarravon Toulouso e Bèu-Caire, Tu qu'empurères de tout caire Contro li nègri cavaucaire Lis ome de marsiho e li fiéu d'Avignoun ; Pèr la grandour di remembranco Tu que nous sauves l'esperanco ; Tu que dins la jouinesso , e plus caud e plus bèu Mau-grat la mort e l'aclapaire, Fas regreia lou sang di paire ; Tu qu'ispirant li dous troubaire , Fas pièi mistraleja la voues de Mirabèu ; Car lis oundado seculàri E si tempèsto e sis esglàri An bèu mescla li pople , escafa li counfin , La terro maire , la Naturo , Nourris toujour sa pourtaduro Dou meme la : sa pousso duro Toujour à l'oulivié dounara l'oli fin ; Amo de-longo renadivo , Amo jouiouso e fièro e vivo , Qu'endihes dins lou brut dou Rose e dou Rousau Amo di seuvo armouniouso E di calanco souleiouso, De la patrio amo piouso , T'apelle ! encarno-te dins mi vers prouvençau | Moi qui d'une amoureuse jeune fille ai dit maintenant l'infortune , je chanterai , si Dieu le veut , un enfant de Cassis un simple pêcheur d'anchois qui , par la grâce et par la volonté , du pur amour conquit les joies , l'empire , la splendeur . Ame de mon pays , Toi qui rayonnes , manifeste , dans son histoire et dans sa langue ; quand les barons picards , allemands , bourguignons pressaient Toulouse et Beaucaire , toi qui enflammas de partout contre les noirs chevaucheurs les hommes de Marseille et les fils d'Avignon ; Par la grandeur des souvenirs , toi qui nous sauves l'espérance ; toi qui , dans la jeunesse , et qui plus chaud et plus beau malgré la mort et le fossoyeur , fais reverdir le sang des pères ; toi qui , inspirant les doux troubadours , telle que le mistral , fais ensuite gronder la voix de Mirabeau ; Car les houles des siècles , et leurs tempêtes et leurs horreurs, en vain mêlent les peuples , effacent les frontières la terre maternelle , la Nature , nourrit toujours ses fils du même lait , sa dure mamelle toujours à l'olivier donnera l'huile fine ; Ame éternellement renaissante , âme joyeuse et fière et vive , qui hennis dans le bruit du Rhone et de son vent , âme des bois pleins d'harmonie et des calanques pleines de soleil , de la patrie âme pieuse , je t'appelle ! incarne-toi dans mes vers provençaux |