Aveugle tourment de la pensée ! Qui à l’Art voue
Sa plume, sa lyre ou son pinceau, verra là
Le symbole de sa bataille en faveur des hommes
Et malgré eux, image de l’extatique supplice
De sa nécessité : le voici cloîtré et clos
Sur lui-même l’adepte de l’enchanteresse pensée.
Le voici dans les serres de sa propre étreinte : le flair
De l’invisible meute s’enivre de la trace toute fraîche !
Bientôt, ils seront bientôt sur lui : bientôt les crocs de haine, voilà,
Les dents cruelles de l’infini s’enfoncent dans ses chairs !
L’amour, l’or ou la renommée, amoindriront-ils pareils tourments ?
Quelle sirène, douce voix, poitrine de satin, le saura conquérir ?
Aucune, soyez-en sûrs ! Front serein et émerveillement révérencieux,
Le penseur formule l’éternelle loi.
Le dit de Rodin (extrait)
(Aleister Crowley écrivain et occultiste britannique (1875-1947) )