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petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours

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Incantations - Blouson noir


ce n'est qu'une chanson
qui n'a guère plus de rimes que de raison

un simple symbole... ce n'était pas la peste
et la vieille photo a provoqué le reste.

nous étions des ados
"Un blouson de cuir noir avec un aigle dans le dos"

 


blousonoir2.jpg



nous portions blousons noirs
car c'était la coutume
mais nous ne pouvions pas acquérir le costume
c'était un désespoir
du mec à la moto que nous chantait la Môme
mais nous faisions les hommes
pour nous faire bien voir
nous n'avions pas de thunes
et nous nous contentions du nylon d'infortune
pour notre blouson noir

 

 

nous étions en avance
mais nous étions jeunes refusant tout futur
nous étions beaux peut-être et c'était la souffrance
d'être sans espoir enfermés dans des murs
ceux attardés de notre adolescence
nous prétendions n'être que des durs
elles en cachaient trop nos belles gueules d'anges
maladroits

 

 

nous jouions à rouler dans la fange
nous voulions avoir tous les droits
et nous n'admirions pas les gens comme mon père
qui passaient une vie à casser des cailloux
qui traînaient derrière eux longue vie de misère
qui n'avaient d'autre espoir que de vivre à genoux
et nous les méprisions parfois de leur galère
nous voulions tous passer pour des voyoux
nous détestions la terre entière

 

 

nous voulions ressembler à ceux du cinéma
nous rêvions à Servais Gabin et Ventura
nous apprenions leur langue et leurs manières
dans les films de ce temps braqueurs et maqueraux
trafiquants en tout genre étaient nos seuls héros
cela ne se voit pas sur toutes nos images
nous en sommes sortis
nous croyons avoir tourné la page
mais nous restons aigris


 

avons-nous des regrets de cette époque amère
l'Algérie avant l'heure  était  notre Vietnam
nous pensions défendre notre terre
je voulais croire à notre dévouement
malgré notre cynisme et tous nos reniements
à notre mission altière

 


cherchions-nous avant tout à sauver notre peau
n'étions-nous vraiment que de pauvres nigauds
 

aujourd'hui dans le fond nous n'avons rien compris
nous n'en savons pas davantage
la vie nous a meurtris



la vie nous a changé est-ce à notre avantage
et sommes-nous meilleurs car nous avons vieilli
devenus plus laids à la fin du passage
si c'est bien ça la vie quel est son intérêt

 

 

on m'a dit et je le tiens pour vrai
qu'il y a toujours un malheur une peine
plus terrible que ce qui nous entraîne
la vie n'est rien d'autre que ce passage étroit
pourrait-on concevoir une fin sans effroi
le dernier maillon de la chaîne
la tête sur le billot
nous crèverons  idiots

 

 

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M
Belle photo !  - j'adore les photos anciennes noir & blanc .si c'est Toi Jean-Marie le beau gosse...quelle allure  "Très Cher" !Très beau texte  - ....en somme....les jeunes ...quelque soit l'Epoque, on a toujours les mêmes "frissons", les mêmes "ambitions",  passage obligé pour "grandir" et ...finalement "vieillir" ;J'aime l'idée de vieillir, j'ai toujours dit quej'avais hâte d'être grand-mère ...marre du jeunisme ambiant et tous ses tourments !"une fin sans effroi" ....moi j'y crois --- demandez, il vous sera donné.
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L
bonsoir, ma chère Melly...Oui, c'est bien moi... il y a ? ...un demi-siècle à peu près !c'est dingue !c'est fou tout ce qu'il peut y avoir comme changements dans une vieet pas dans le bon sens le plus souvent...Il aurait peut-être mieux valu que je ne retrouve pas cette photoremarque, j'aurais pu me dispenser de la publier mais ça fait partie de ma petite histoire minableTu as beaucoup d'optimisme, chère Mellydonne m'en un peuje t'embrasse amicalementbien à toijean-marie 
F
Voilà, j'aime l'Histoire quand elle est racontée par ceux qui l'ont vécue, cette photo me semble décrire toute une époque qui m'est à la fois étrangère et tellement proche, qui me fascine particulièrement car elle est mon héritage direct. Moi, j'était la petite fille sage qui vous regardait vous enfuir en moto en rebelles magnifiques... les générations suivantes ont suivi les sentiers que vous aviez ouverts...Tu regardes en arrière avec douleur, et moi je regarde avec toi toutes les leçons qui ont été semées.Quant à "la fin", tu sais déjà ce que j'en pense, n'est-ce pas ?Bises ;-)
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L
Quelle belle évocation, ma chère Frederianne ! nous n'avions pas du tout conscience d'être dans "le vent de l'Histoire" alors...Les "zazous" avant nous avaient vécu des expériences bien plus fortes.Notre "combat" qui relevait d'une certaine mode, était profondément individualiste... égoïste mêmeça ne nous a pas amenés bien loin... 68 peut-être ? Echec de la rencontre  entre cet individualisme et  l'action "politico-sociale"Mais qui ne retrouve pas avec émotion les images de ses 20 ans...la fin, oui, je sais, je retombe toujours dans les mêmes traversmais ce sont interrogations bien plus que certitudesje t'embrasse amicalementjean-marie
A
C'est drôle, j'ai du mal à me souvenir de ce blouson noir ! J'avais une veste en cuir noir c'est vrai mais ce n'était pas un blouson et il me semble que les garçons étaient surtout en costume cravate !
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L
Bonsoir, ma chère Azalaïs...Merci de ta visitej'ai retrouvé mes repères, il s'agit de la fin des années 1950-début des années 1960, sur la photo nous avions un peu plus de 20 ans... Les médias de l'époque désignait ainsi les "jeunes délinquants"  des villes...Dans nos petites villes c'était un peu un symbole d'une envie de révolte... ça n'avait rien d'un  uniforme... et nous n'étions pas vraiment des délinquantsBien avant il y avait eu les "zazous" mais c'était une autre histoire, beaucoup plus sérieuse mais on employait encore ce mot (à tort peut-être) dans ma jeunesseCostume cravate, dis-tu ? ce n'était chez moi qu'en de rares occasions.Je n'ai surtout pas voulu faire oeuvre historique... c'est pour moi une émouvante photo retrouvée par hasard au fond d'un carton elle a fait ressurgir tant de souvenirs...je t'embrasse amicalementjoan-maria